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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 09:56

La première pierre d'un édifice est assez facile à poser, et le premier poème de cet abécédaire était pour moi évident. Le second moins ! Devais-je m'en tenir aux poèmes que je connaissais parfaitement, devais-je trouver un lien entre chaque, fallait-il garder l'ordre alphabétique ? La délibération avec moi-même à été longue et difficile, jusqu'à ces jours-ci où le temps plus que maussade m'a imposé ses vues.

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"Le mois mouillé" d'Henri Bataille

 

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Par les vitres grises de la lavanderie,

J'ai vu tomber la nuit d'automne que voilà...

Quelqu'un marche le long des fossés plein de pluie.

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Voyageur, voyageur de jadis, qui t'en vas,

A l'heure où les bergers descendent des montagnes,

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Hâte-toi. - Les foyers sont éteints où tu vas,

Closes les portes au pays que tu regagnes

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La grande route est vide et le bruit des luzernes

Vient de si loin qu'il ferait peur... Dépêche-toi :

Les vieilles carrioles ont soufflé leurs lanternes...

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C'est l'automne : elle s'est assise et dort de froid

Sur la chaise de paille au fond de la cuisine...

L'automne chante dans les sarments morts des vignes...

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C'est le moment où les cadavres introuvés,

Les blancs noyés, flottant, songeurs, entre deux ondes,

Saisis eux-mêmes aux premiers froids soulevés,

 

Descendent s'abriter dans les vases profondes.

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Henri Bataille (1872-1922)

 

Le lien entre Bataille et Aragon était facile à faire. Aragon aimait beaucoup un des vers de celui-ci et disait qu'il était un des plus beau de la langue française "j'ai marché sur la traîne immense de ta robe" et l'on voit passer Henri Bataille dans un de ses romans "les cloches de Bâles".

Henri Bataille était né à Nimes le 4 Avril 1872 ce qui me le rend évidemment cher. Et je vous invite à aller visiter ce site qui en parle mieux que moi :

 "Ce qui nous rend si proches de Bataille, ce sont ses poèmes, cette "douleur moderne" qui n'est que les larmes de l'enfance. Bataille n'a jamais guéri de celle-ci. Parfois, ce refus d'avancer fait l'âge venir vite, laissant au cœur comme un désenchantement que rien jamais ne parviendra à compenser. Il reste des paysages, des états de l'âme qui resteront à jamais connus de nous seuls. L'enfance, c'est ce qui, plus tard sera impartageable, incommunicable, parce que vécue dans la solitude de l'enchantement et de la détresse".

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Bien à vous

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Published by monesille - dans Abécédaire
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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 16:12

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J'inaugure aujourd'hui une nouvelle rubrique de ce blog. L'abécédaire ! Je vous vois ruminer que va-t-elle encore nous concocter ?

Simplement je me suis rendu compte paradoxalement que je parlais très peu de ce que j'aimais le plus, soit la poésie,

En conséquence je vais essayer régulièrement de vous faire découvrir un poème que j'aime, en relation avec les sujets abordés récemment.

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Le beau gosse que vous voyez ici est Louis Aragon, un de mes auteurs fétiches, et le sujet du poème est d'autant plus touchant qu'il rejoint mon dernier article de Blog.

"La rose et le réséda" est en effet un poème écrit en 1943, qui évoque l'universalité des sentiments et des épreuves face à l'absurdité de la guerre.

 

La rose et le réséda

 


Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

 

Tous deux adoraient la belle

Prisonnière des soldats

Lequel montait à l'échelle

Et lequel guettait en bas

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Qu'importe comment s'appelle

Cette clarté sur leur pas

Que l'un fut de la chapelle

Et l'autre s'y dérobât

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Tous les deux étaient fidèles

Des lèvres du coeur des bras

Et tous les deux disaient qu'elle

Vive et qui vivra verra

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Quand les blés sont sous la grêle

Fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ses querelles

Au coeur du commun combat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Du haut de la citadelle

La sentinelle tira

Par deux fois et l'un chancelle

L'autre tombe qui mourra

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Ils sont en prison Lequel

A le plus triste grabat

Lequel plus que l'autre gèle

Lequel préfère les rats

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Un rebelle est un rebelle

Deux sanglots font un seul glas

Et quand vient l'aube cruelle

Passent de vie à trépas

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Répétant le nom de celle

Qu'aucun des deux ne trompa

Et leur sang rouge ruisselle

Même couleur même éclat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Il coule il coule il se mêle

À la terre qu'il aima

Pour qu'à la saison nouvelle

Mûrisse un raisin muscat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

L'un court et l'autre a des ailes

De Bretagne ou du Jura

Et framboise ou mirabelle

Le grillon rechantera

Dites flûte ou violoncelle

Le double amour qui brûla

L'alouette et l'hirondelle

 

La rose et le réséda


Louis Aragon

Extrait de la Diane Française.

 

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