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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 20:33

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Il n'est guère besoin d'avoir la télé ces jours-ci pour être au courant de la météo. Il suffit de sortir le bout de son nez par la porte ! Goutte gelée ? Température négative ! Aussi je n'ai guère envie de m'aventurer sur les puces le dimanche ! Je préfère rester au coin du feu à regarder de vieilles photos et ressasser de vieilles histoires. Evidemment ces époques de grand froid et la vision du gardon pris en largeur par l'embâcle ramènent à ma mémoire les récits de ma mère. Elle était très frileuse et avait beaucoup souffert du froid pendant sa jeunesse et nous contait facilement ses souvenirs d'une époque qui sans être miséreuse ne roulait par sur l'or et où les enfants étant moins surveillés gardaient un esprit audacieux et entreprenant.

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J'ai écrit au fur et à mesure les récits qu'elle faisait, je lui en avais fait lire certains. Elle avait bien ri, me disant que j'avais mélangé beaucoup de choses et que cela en devenait du roman. La transcription que vous allez lire est donc romancée mais fidèle dans les détails aux souvenirs que j'ai notés. Où commence la fiction, où s'arrête la réalité ?

     

-J'ai eu douze ans le jour de la déclaration de guerre ! Vous parlez d’un anniversaire ! Obéissant à son instinct, et se rappelant sans doute la guerre de 14, Alphonse, mon père, nous avaient rapidement mis à l’abri hors de Paris. Grand-mémère, notre grand-mère avait gardé des liens dans sa région natale, Mesquer en Loire inférieure, près de Guérande et la famille avait trouvé une petite maison à louer, attenante à une plus grande, à Saint Brévin, juste en face de St Nazaire sur l’estuaire de la Loire.

Ce qui fait que le soir, nous admirions les feux d'artifices des bombardements sur les chantiers navals, juste devant nous, St Nazaire ayant été la ville la plus bombardée de France.

Les premiers temps se passèrent bien et  bien que notre vie fût quelque peu spartiate, j’ai gardé surtout de cette époque des souvenirs de galopinades entre mon frère, Raymond  et ma cousine, Ginette.

Puis  la grand-mère ayant attrapé un érésipèle dut être hospitalisé. Nous, les trois enfants fûmes recueillis quelques jours par la voisine, la propriétaire de la grande maison et pour quelques nuits abrités sous d’immenses édredon de plumes.

(Ma mère racontant ces édredons, faisait un geste des mains émerveillé, dessinant une énorme forme rebondie. Ces édredons étaient sans aucun doute son meilleur souvenir de cette époque !)

-Quand Grand-mémère sortie de l’hôpital, elle était bien fatiguée, elle avait alors 67 ans, et en digne Bretonne, elle boitait bas. Elle nous racontait des histoires de sa propre enfance dans les marais salants. Elle était la dernière, venue sur le tard son père ayant 49 ans à sa naissance et sa mère 42. Ses parents, pour ne pas la laisser seule à la maison et lui éviter ainsi le sort des enfants des voisins, dont la maison au toit de chaume avait brulé comme une torche avec tout ce qu’elle abritait, l’emmenaient avec eux aux marais, à deux ans.  Le matin à cinq ou six heures elle n’était pas bien réveillée, il lui arrivait de trébucher et de tomber assise dans l’eau salée. Pas d’autre moyen que de suivre ses parents comme ca toute la journée, le soir la culotte était sèche mais passablement cartonnée !

Notre mère vint nous rejoindre pour seconder sa mère à la sortie d’hôpital, avec la dernière née notre petite soeur, Jeanine, née en 38 et qui était encore au sein.

Une fois notre père, pépère vint nous voir en vélo depuis Paris. Toute cette route, en vélo. En arrivant il s’assit sur le petit banc devant la maison. Et se mit à pleurer.

-« Ce fut la première fois que je vis pleurer mon père, nous disait-elle »,  et les larmes lui montaient aux yeux de ce souvenir venu de si profond.

Puis à la débâcle, il revint nous chercher avec le gazogène de la pharmacie où il faisait les livraisons. Et nous rapatria sur Fontenay-sous-bois. Les allemands étaient là et la faim aussi. Et mon frère Raymond entama des courses folles autour de Paris en vélo pour nous ravitailler, courses dont il ramenait parfois seulement une poignée de haricots.

-Un jour un ami nous donna l'autorisation d'aller prendre du bois. Cet hivers-là était terrible (probablement l'hivers 1940) et la neige abondante. Et nous sommes partis tous avec un charreton faire la provision de bois, laissant la petite Jeanine à la garde de grand-mémère à la maison. Le charreton chargé, il fallut revenir en le tirant. La pente de Fontenay était très raide et dans la neige épaisse j’ai achevé ce qui me servait de chaussures : des espadrilles.

-En arrivant à la maison,  nous avons trouvé Grand-mémère assise sur une chaise envellopée avec la petite Jeanine contre elle dans une couverture. faute de combustible, le feu s'était éteint dans le fourneau et c’était le seul moyen qu’elle avait trouvé pour lui tenir un peu chaud !

 

Voilà, ce qui revient à ma mémoire en entendant le vent hurler contre mes volets bien clos. Je me serre contre la cheminée, je rajoute une bûche et je pense à ceux qui n'ont pas de feu.

Et pourtant nous ne sommes pas en guerre !

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commentaires

Chandy 24/02/2012 23:11

Mais comme c'est doux de venir chez toi DOMI écouter les souvenirs de ta grand mère et s'immerger ainsi dans le livre de famille... Un grand plaisir pour moi, et je te vois au coin de la cheminée
te réchauffant en cette période, que nous venons d'avoir ventée par ce froid glacial ! Tu m'étonnes que cette grand mère ait eu froid dans sa prime jeunesse... si petite dans les marais salants
!
Merci à toi d'être venue sur Alpilles Poétiques... et pardon d'avoir tant tardé, mais mes deux blogs je n'y vais plus, car les gestionnaires je ne sais plus si c'est Over Blog ou autre, (tu vois un
peu) ont tellement tout transformé que je ne m'y retrouve plus.

Les photos de tes Cevennes sont très belles.

Bisous à toi et te souhaite de beaux jours, ils ne sont plus très loin !
Chandy

monesille 27/02/2012 12:43



Merci de tes mots si doux réconfortants sur des souvenirs encore si prégrants. J'ai tardé aussi de te répondre mais le printemps m'appelle souvent et je ne suis pas souvent présente en ce moment.


Bises 



Marie-Noëlle 07/02/2012 17:33

Sur la photo, la dame qui porte la petite fille ressemble beaucoup à ta maman et pourtant je pense qu'il s'agit soit de sa mère, soit de sa grand-mère. Est-ce que je me trompe ? En tout cas, tu as
bien fait de noter tous ces souvenirs. Bises neigeuses. Marie *

monesille 07/02/2012 18:49



Alors oui, j'ai bien noté tout ce que j'ai pu mais pas trop pour les photos ! La dame est en effet sans aucun doute mon arrière grand-mère, vu la ressemblance, et les enfants seraient donc mon
grand oncle et ma grand-mère !


J'espère que tu as fini tes chaussettes en laine !


Bises



Laure MESTRE 07/02/2012 16:58

Comme tu fais bien de noter tous ces souvenirs, et comme tu les racontes bien! C'est dans les petits détails qu'on imagine le mieux la vie de nos aïeux. Nous qui avons notre petit confort moderne
(et nos ordinateurs pour parler à ceux du bout du monde), devrions relativiser davantage...
Laure de A TOUS LES ÉTAGES

monesille 07/02/2012 18:44



Le confort est une chose appréciable et les points de comparaison que l'on peut avoir nous le rendent encore plus précieux. Que cela ne nous empêche pas de penser aux autres.


Amitiés



jacqueline 07/02/2012 15:57

Joli texte émouvant qui raconte la vie rude d'une grande partie de la population, il est inadmissible que cette vie soit le lot d'encore beaucoup de personnes.
Bonne fin d'après-midi.

monesille 07/02/2012 18:40



Entièrement d'accord avec vous ! Dans un pays dit évolué, certains manquent simplement d'un moyen de survie et ce n'est pas normal.


Bonne soirée à vous.



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