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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 18:25

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Deux livres de livre

 

J'ai ajouté pour vous une rubrique à ma liste d'articles. Car ce blog au début voulait surtout parler de livres et lectures. Je vais essayer de vous faire partager les livres que je viens de lire et que j'ai aimés. Avec ces deux titres, je commence bien en phase avec l'époque puisqu'on approche de la fête des mères.

Il n’est pas facile d’écrire sur sa mère. Quand elle est vivante on n’en ressent guère le besoin et lorsqu’elle ne l’est plus, écrire revient à se dépouiller d’un souvenir qui n’appartient qu’à nous. Et à ouvrir les mains pour que tous partagent.

Mais que vont-ils partager en fait, si ce n’est des échanges figés par l’écriture. Juste un côté du miroir, rien de l’autre pour nous dire que nous avons tort, si nous avons tort ; Rien de réel alors que le souvenir le voudrait rester. Très peu d’auteurs arrivent à faire passer cette valeur de l’échange dans leurs mots. Ces  deux-là y arrivent, très différemment :

-Jacqueline de Romilly  avec « Jeanne », un  livre écrit en 1977 un an après la mort de sa mère, mais publié selon sa volonté uniquement après la mort de l’auteur en 2010.

-Jacques Chessex avec « Pardon mère », publié en 2008 aussi après le décès de sa mère.

On connait de Jacqueline de Romilly la vie à succès  professionnels, 1ere femme professeur au collège de France, élue à l’académie française, helléniste renommée toute dévouée à sa vie intellectuelle.

Elle fut secondée dans les moindres moments par sa mère idéalisée, toujours gaie, dynamique et battante dans des circonstances dramatiques. Une mère totalement en symbiose avec sa fille, la guerre lui ayant enlevé son mari sa fille ayant 16 mois, lui ayant par la force des choses tout sacrifié et lui ayant transmis ce besoin de réussir sauf évidemment sa vie affective. Et bien que Jacqueline de Romilly en retour ait entouré sa mère de tous ses instants et de tous ses moyens, elle dit clairement dans son livre pudique et retenu de n’avoir pas été assez à l’écoute, assez attentive, assez présente.

Dans son récit du parcours de sa mère ressort bien la forte personnalité de l’auteur universitaire, analysant, décortiquant, un côté quasiment scientifique qui laisse transparaître la vision étonnante qu’a une enfant de sa mère et la place qu’elle a tenu dans sa vie. Elle raconte une vie de femme au début du siècle dernier et au fur et à mesure veut nous expliquer et découvre tout ce qu’elle ne sait pas, tout ce que ça mère lui a tu, aussi par pudeur probablement. Toute une époque où une mère a inventé un chemin maériel aisé à suivre pour sa fille, pour lui faciliter l'accès à l'univers intellectuel.

 

Je vous livre un extrait ? :


«  A vrai dire ce seuil de l’après-guerre, ce seuil de 1920 me semble avoir ouvert pour tous un monde entièrement nouveau. A partir de 1920, on peut parler de modes passées, de styles périmés, mais on compare des choses comparables. Du chapeau cloche au béret, des tuniques vagues aux petits jerseys, ce ne sont jamais que des variations qui périodiquement nous ramènent au point de départ. Mais pour nous rendre les longues jupes et les manches ajustées d’avant 1914, et les grands chapeaux et les dentelles et les pendules et les vases, et les lustres ou les bottines, ou les soupières, les chapeaux melon et les cannes, les lorgnons et les ombrelles, il faudrait un changement de civilisation désormais impensable. Il faudrait des femmes ne travaillant pas, des déplacements rares, du loisir, des classes sociales plus distinctes… En 1920 commence la période aujourd’hui démodée d’un âge cependant moderne. Et c’est pour cela que l’appartement de Jeanne fut le contraire de qu’avait été l’appartement bourgeois de son père… »

Jacques Chessex est lui un auteur plus littéraire  et plus charnel. Lauréat du prix Goncourt pour son livre l’Ogre, il annonce clairement la couleur : « Pardon Mère ». Il se décrit comme le mauvais fils, le rebelle, l’ingrat, le méchant.

Orphelin de père lui aussi, mais dans des circonstances différentes : son père s’est suicidé, Il nie il se débat. Il annonce d’emblée : «  Je n’ai jamais désiré le sexe de ma mère ».  Mais nous dit quelques pages plus loin : « car dans ma plus longue mémoire vrai réservoir du passé à retrouver, c’est toujours toi que je rencontrais, mère, je le sais clairement aujourd’hui, dans les bras, dans les corps, dans les soupirs des almées ».

Son livre n’est pas un récit. Il parle de lui, de ce qu’il ressent, sa profonde culpabilité de n’avoir pas été là au bon moment,  de n’avoir pas changé son comportement envers elle. Rebelle, il ne veut pas céder à la tentation de l’amour de sa mère, trop entier, il ne pourrait plus s’en défaire. Amour trop ! Trop fort, trop dominant, trop dévorant. Il nous confie un livre brûlant, à fleur de sentiments.

 

Vous en voulez un bout ?


-« Mère affaiblie, âgée au corps rapetissé, amaigri aux yeux qui perdent la vue. Et l’émotion si vulnérable, aucun moyen de résister, dans l’instant à des airs, des pans entiers de sa vie qu’ils rapportent mélancoliquement, tout ce non-dit de la musique, de jamais explicite, de suggéré nerveusement, de cordes qui se mettent à tremble, de défenses qui sautent, de secrets, de regrets qui remontent à la surface et font le bruit du désastre là om  l’on attendait le répit. Oui, de désastre, comme une misérable défaite du cœur, de la mémoire, de la volonté. Et terriblement saisie par les sons qui auraient du la combler ; et de force plongée, ma mère alors dans un accès d’intense tristesse qui me laissait désarmé, sans moyen de l’aider, sans recours aucun contre une si obscure et évidente hantise. Donc à la fin de sa vie, ma mère redoutait la musique et la refusait.. . »

Deux livres très différents par des auteurs très différents, qui pourraient être des livres de deuil et qui n’en sont pas par la vibration aimante qui résonne tout au long de leurs phrases. Car l’amour ne finit pas avec la mort. Il vit différemment.

Deux livres aussi qui me font penser à la phrase de Balzac

-"La mère qui laisse voir toute sa tendresse à ses enfants crée en eux l'ingratitude. L'ingratitude vient peut-être de l'impossibilité que l'on a de s'acquitter."


           Bonne lecture à tous !

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Published by monesille - dans Deux livres de livre.
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commentaires

Claude 02/06/2012 00:20

Et puis d'abord puisque c'est de littérature dont il s'agit, il faut préciser que le livre "La dernière conquête de Major Pettigrew" est de Helen Simonson : je ne sais monesille si cet(te) auteur
est connu de toi; mais si j'ajoute que son ton rappelle celui de ... Agatha Christie, déjà j'imagine ton oeil qui frise.
Mais ce commentaire se voulait sur les mères et ce, dans la littérature. Comment ne pas alors citer Proust ( mais je vois ton oeil qui se ... défrise ) et donc je ne le citerai pas, pour ce soir et
exceptionnellement lui préférer Chateaubriand ( Non pas Alphonse, cet auteur dont les "La Brière" et autres "La meute" faisaient rêver l'adolescent que j'étais devant ces livres brochés désenfouis
du profond poussiéreux d'une bibliothèque municipale )mais bien François de Chateaubriand ( et là à nouveau ton regard frise mais pour des raisons personnelles qu'il conviendrait de ne pas
expliciter dans ton blog )qui, apprenant la mort de sa mère écrit ceci :
"Ainsi, j'avais perdu ma mère; ainsi, j'avais affligé l'heure suprême de sa vie! Tandis qu'elle rendait le dernier soupir loin de son dernier fils, en priant pour lui, que faisais-je à Londres? Je
me promenais peut-être par une fraîche mâtinée, au moment où les sueurs de la mort couvraient le front maternel et n'avaient pas ma main pour les essuyer..
La tendresse filiale que je conservais pour madame de Chateaubriand était profonde. Mon enfance et ma jeunesse se liaient intimement au souvenir de ma mère; tout ce que je savais me venait
d'elle".
Ici, point de psychologie d'investigation, ni de troubles purgatoires : car notre François de Cha ( j'aurais tant aimé pouvoir écrire Châteanbriand ainsi avec cet accent circonflexe dont l'attrait
n'échappait pas à Gérard de Nerval qui voulait que son château en Bohême pris cet accent aussi sur bohême alors que son siècle -moins philologue peut-être- usitait déjà le bohème avec un accent
grave donc gravement et non plus selon l'aérienne manière de Gérard ) teaubriand ne se perd jamais du regard
quand bien même serait-il et vraiment alarmé par la mort de sa mère : car , quand même, en sa personne n'avait-elle pas donné la vie à un ... génie!
Voilà une autre façon que de considérer sa mère; et nous savons bien, nous les enfants qu'à son égard il n'est pas d'indifférence possible. Des excès, des confusions certes et tous nos écrivains
écrivent bien cette impossible indifférence.
Si je ne craignais ici de vous lasser, je vous ferai bien part d'un souvenir personnel, celui qui me faisait écrire un 'Truinas-lès-Villeneuve", ainsi extrapolant du Jaccottet
pour écrire un enterrement n banlieue parisienne, lorsque la première confrontation avec la mort fut celle lue sur le visage de ma mère.
mais non, je crains de vous lasser et ma mère n'a mis au monde aucun génie, je peux en témoigner.
Tu peux maintenant monesille défriser ton regard ; car tu auras compris, et le temps que je passe à écrire ce commentaire témoigne de ma bonne fois, que j'aime quand tu te préoccupes de littérature
car tu le fais avec fraîcheur et passion : ces mots , pour te décrire, sont justes et de cela je peux témoigner.

monesille 03/06/2012 14:23



Que voici un commentaire qui me fait paraître mon post trop court ! Je ne connais pas en effet le major pettigrew que j'ajoute à ma liste de lecture.


Quand à ma manière de friser ou de défriser...



Laure MESTRE 21/05/2012 12:50

Mille mercis Monesille de cette heureuse initiative. Je suis ravie d'avoir tes critiques littéraires car je sens que nous sommes sur la même longueur d'ondes. J'avais repéré le livre de Jaqueline
de Romilly, une femme admirable, mais ne l'ai pas encore lu: ton article me met l'eau à la bouche. Je viens de terminer "La dernière conquête de Major Pettigrew" (je ne me souviens plus du nom de
l'auteur et ma dernière fille me l'a emprunté ce matin en partant en pension...): c'est un régal d'humour anglais; je suis sûre que cela te plairait, et Marie-Noëlle aussi!
Belle semaine et merci. Laure

monesille 26/05/2012 18:39



Merci de ta visite Laure. J'ai beaucoup aimé ce livre de Jacqueline de Romilly, je te l'enverrais bien volontier, mais il est...dans un carton ! pffffff, je m'y suis peut-être prise un peu à
l'avance, ça devient pénible ! Mais on tiens le bon bout ! 


Merci aussi de ta correction sur Art nouveau et Art déco que j'assimilais bêtement. Je serais bien en peine maintenant de dire celui que je préfère ! Mais au moins je ne confonds plus (trop Ü )
les deux !


Bises



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